charles de geofroy egregore interview

 

 

Cher Charles,

Tu fais partie de ce que l’on appelait « profil atypique », dans l’ancien temps alors que ton parcours est d’une logique et d’une honnêteté implacables.

Formé à l’École d’architecture de Paris, tu avais à cœur de bâtir, d’élaborer.

Tu cherchais déjà il y a plus de 10 ans, le beau, le sens est l’équilibre.

Officier de réserve en parallèle, cet engagement venait répondre à ton besoin de servir, dans un esprit patriotique.

Loin des CA, KPI et des seules recherches de bénéfices.

Je le sais. J’ai moi même passé 18 mois dans l’armée pour ces raisons.

Mais je suis une femme.

C’est différent.

Revenons à toi !

 

 

 

Au gré de tes tribulations pros, tu es passé par un poste de consultant en stratégie territoriale et puis… Stop.

Après une période de jachère, d’introspection et de remises en question pas toujours faciles, tu t’es lancé dans l’entrepreneuriat et tu as co-fondé EGREGORE.

EGREGORE c’est une société de conseil qui gravite autour de la raison d’être des entreprises.

Raison d’être, raison d’exister, plutôt que raison d’avoir.

Mais pas seulement. Il y a aussi un idéal osé et nécessaire derrière.

On est en plein dans le sujet de l’identité.

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Marie :

Peux-tu nous donner ta propre définition de « l’identité » d’une entreprise (ou d’une marque au choix)?

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Charles :

“Pour moi l’identité est la façon dont nous interprétons, ressentons et exprimons notre singularité.

  • La singularité est ce qui nous rend unique. Elle n’évolue pas.
  • Alors que l’identité peut évoluer : nous pouvons adopter plusieurs identités au cours de nos vies.

Mais nous n’avons qu’une seule singularité.”


Marie :

Le monde (notamment sur les réseaux sociaux) connaît un clivage (complètement stupide à mon sens) entre les « doers » et  les « thinkers ».

Il y aurait donc ceux qui font et ceux qui pensent !

Certains vont même jusqu’à dire que la raison d’être ne suffit pas, qu’il faut une raison de faire. Cette opposition systématique est contre-productive. Il faut les deux.

Pourquoi selon toi est-ce essentiel de savoir qui l’on est avant d’agir ? (En tant que marque comme en tant que personne)

___

Charles :

“Plus nous savons qui nous sommes mieux nous savons où nous allons.

Pour avoir vécu à certains moments des crises existentielles ou crises d’identité, je me souviens très bien que j’étais incapable d’avoir des actions cohérentes à ces moments là.”


Marie :

La raison d’être (quand elle existe) n’est plus seulement une ligne dans 1 charte éditoriale (quand elle existe). C’est devenu un statut.

Est-ce que tu peux nous éclairer sur cet engouement actuel des entreprises qui déclarent soudainement avoir une raison d’être mais qui en fait font allusion à une démarche légale (Loi PACTE).

Bonne initiative ou énième occasion de faire briller son image ?

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Charles :

“Cela dépend beaucoup des entreprises.

Beaucoup l’utilise comme un outil marketing mais elle ne comprennent pas que la raison d’être ne s’adresse pas uniquement au marché mais à toutes les parties prenantes de l’entreprise.

J’aime bien dire que la raison d’être est à la société ce que la promesse est au marché.

Beaucoup d’entreprises confondent promesse et raison d’être.

Écrire une raison d’être, au delà de la démarche juridique, doit selon moi s’accompagner d’un changement de modèle : passer du vieux modèle de l’entreprise actionariale focalisée sur son marché et ses actionnaires et sa performance financière, à l’entreprise partenariale focalisée sur sa mission, ses parties prenantes et sa performance globale (financière, sociale et environnementale)”


Marie :

Quelles sont les marques qui t’inspirent, t’élèvent et ont selon toi une raison d’être zéro bullshit ?

___

Charles :

“La MAIF me semble un bel exemple d’entreprise à mission, même si leur raison d’être est complexe d’un point de vue linguistique.”

 

 


Marie :

Parle-nous de ta boîte EGREGORE, que veut dire ce nom ?

 

 

___

Charles :

Egregore signifie l’équilibre et la cohésion.

Il désigne aussi la pierre de voûte dans un édifice en architecture.

Cet équilibre et cette cohésion que nous proposons comme projet pour toutes nos parties prenantes, se traduit plus spécifiquement dans notre volonté de vouloir faire entrer en synergie les acteurs publics et privés pour construire un monde meilleur, plus respectueux de l’humain et de l’environnement.


Marie :

Quelle est votre raison d’être ? (quand même ;))

___

Charles :

“Nous consacrons aujourd’hui notre énergie pour :

« Faire de l’entreprise le fer de lance de la transformation écologique ».

De manière plus large nous voulons transformer les organisations (publiques et privées) pour changer la société et aller vers un monde plus respectueux des humains et de la planète.


Marie :

Comment les identités personnelles de ton associé et toi se conjuguent-t-elles pour donner vie à celle d’EGREGORE?

___

Charles :

“Mon co-fondateur Theophile Ananos et moi-même avons des identités opposées au premier abord, tant du point de vue des origines sociales, que des opinions politiques ou convictions religieuses.

C’est notre engagement commun dans la réserve opérationnelle de l’armée de terre qui nous a permis de dépasser ces différences. Nous avons donc au cœur de notre identité cet engagement citoyen que nous voulons promouvoir chez nos clients.

Ensuite, convaincu que les grands enjeux de notre temps étaient les enjeux écologiques, notre associé Pierre Gilbert, spécialiste de la transformation écologique, s’est joint à l’équipe.

Cette rencontre ne s’est pas faite par hasard car Pierre a lui aussi ce sens profond de l’engagement citoyen à travers les nombreux projets qu’il a mené pour la reconstruction écologique : le média “le vent se lève” et l’institut Rousseau.

Ainsi, le cœur de notre identité repose sur deux piliers : 

  • l’engagement citoyen
  • la reconstruction écologique “

Marie :


Récemment tu as pris parti pour un sujet peu consensuel sur Linkedin : celui de devoir « aimer » ses collaborateurs. Je ne peux qu’approuver cet idéal mais j’ai trop vu de saletés en entreprise pour y croire. Pourtant, si personne ne le suggère, nous n’avancerons pas. C’est là où tu as raison.

Nous avons échangé en commentaire et tu as même écrit :

« (…) Je définirai aimer par « chercher la part de trésor qu’il y a dans l’autre ». Chacun d’entre nous a un trésor, plus ou moins enfoui. Et ce trésor est toujours aimable. Encore faut-il faire l’effort de le chercher 🙂 »

Est ce que tu aspires à rétablir des cultures d’entreprise dans lesquelles les collaborateurs honorent leurs trésors et talents mutuels ?

___

Charles :

“Oui très clairement.

Et c’est une expérience que je vis tous les jours au sein de l’équipe Egregore, mais aussi au sein de ma compagnie dans le cadre de mon engagement dans la réserve opérationnelle de l’armée de terre.

La doctrine de commandement de l’armée est riche d’enseignement : elle prône l’obéissance d’amitié. Au début je trouvais cela très théorique mais je l’ai vu incarné par des chefs militaires exemplaires qui ont marqué la vie.

Beaucoup de chefs militaires parlent d’amour lorsqu’ils évoquent le lien qu’ils ont avec les hommes et les femmes qu’ils ont l’honneur de commander. J’essaye de vivre cet idéal au sein de ma section. Je pense que ces valeurs sont tout à fait diffusables en entreprise et j’en fais ma mission.”


Marie :

Par quoi commencer pour tendre vers cette vision, de manière concrète et réaliste ?

___

Charles :

“Pour moi il s’agit vraiment de prendre le temps de s’intéresser à son collègue ou son camarade.

Il arrive régulièrement que ce dernier soit difficile à aimer, peu aimable en somme.

Mais cela peut renvoyer a quelques chose d’interessant sur notre propre cas : souvent les personnes que nous n’apprécions pas sont là pour nous dire quelque chose de nous, souvent en réveillant des blessures que nous avons cachées.

J’ai souvent été confronté à ce genre de situation. Au delà du travail sur moi que cela permettait de faire, en faisant l’effort de regarder différemment la personne, je suis toujours arrivé à lui trouver quelque chose d’aimable, c’est à dire qui me plaisait vraiment, que je n’avais pas vu avant.

Cependant, il peut arriver certains cas (les pervers narcissiques par exemple) où nous sommes impuissants à trouver cette partie aimable et dans ce cas il ne faut pas se mettre en danger pour cela.

Je remarque avec mon expérience dans l’armée ou chez Egregore, que lorsque la mission est noble, claire, et partagée par tout le monde, les relations sont tout de suite beaucoup plus faciles.”


Marie :

Dernière question pour faire le lien avec le deuxième pilier des cycles BILS, donc le thème de la prochaine missive (je rappelle que chaque missive BILS vient nourrir l’un des 4 piliers de sa démarche : l’identité, la signature, les mots et la créativité).

 

Est-ce qu’EGREGORE a déjà matérialisé son identité par une charte éditoriale?

En d’autres termes, est-ce que la manière dont vous prenez la parole sur les réseaux sociaux ou ailleurs correspond à la signature éditoriale d’EGREGORE en tant qu’entité propre ou est-ce que c’est encore un peu toi Charles et ton associé Théophile qui infusez tour à tour votre ton à la marque ?

___

Charles :

“Nous avons travaillé sur une charte graphique avec un logo, des couleurs et une police.

Mais nous n’avons pas de charte éditoriale formalisée.

Cependant nous nous sommes fixé certains principes dans les mots que nous employons notamment :

  • le fait d’éviter les anglicismes : parler d’encadrement plus que de management par exemple.
  • Nous utilisons beaucoup les mots « résilience », « mission », « raison d’être », « gouvernance »
  • Certaines thématiques (NDLR : on parle aussi de « piliers éditoriaux ») reviennent souvent comme tout ce qui tourne autour du changement de modèle d’entreprise : « passer de l’entreprise actionariale à l’entreprise partenariale », « de la raison d’avoir à la raison d’être », etc.

Mais rien de tout cela n’est encore figé à ce jour.

Chacun dans l’équipe a en effet son caractère, sa sensibilité propre et son domaine d’expertise qu’il convient de mettre en valeur.

Le défi est de trouver l’équilibre entre la diversité de nos personnalités et de nos ambitions et l’unité de notre équipe et de notre mission.

Ce travail est un travail concomitant avec celui sur notre offre, qu’il faut remettre à jour régulièrement, surtout lorsqu’une nouvelle personne rejoint l’équipe !”

 

{NDLR – je vous invite à (re)lire l’ITW de Thomas Lemasle, CEO de la marque Oé 🍇 qui explique comment maintenir un « tone of voice » et une ligne éditoriale cohérents au sein de son équipe, en particulier à l’arrivée d’un nouveau collaborateur}


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Merci Charles et bravo pour ce projet solide riche des expériences passées et d’années de maturation, cohérent et j’ose dire « utile »!

Longue vie aux « profils atypiques » (NDLR : désormais officiellement classé « bullshit word » chez BILS) et aux parcours qui ne suivent pas les attentes de l’écrasante norme sociale.

Ce sont eux qui font progresser le monde.

 

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