maieutique socratique

Comment la maïeutique peut éclairer vos zones d’ombres de façon surprenante !

La maïeutique est un nom dérivé du grec. Il fait référence à la déesse Maïa qui veillait aux accouchements. Jusque là tout est clair ! Mais cette pratique fonde ses piliers sur l’acte conceptuel même de l’accouchement et en l’occurence, non pas des corps, mais des esprits. Une technique au coeur de la philosophie Socratique, brillant homme que nous connaissons tous, au moins de nom. Pourquoi la maïeutique est elle aussi simple que puissante ? Quels outils Socrate nous a-t-il légués pour notre époque ? Comment utiliser la maïeutique en marketing pour mettre de la lumière sur des zones sombres ou indifférenciées. Explications.

En quoi consiste la maïeutique Socratique ?

Le déclencheur : un cours ubuesque de philosophie

Malgré un parcours scientifique (en France, il faut choisir), j’étais passionnée de philosophie. Je ne comprenais d’ailleurs pas qu’une seule année de tout le parcours scolaire lui soit consacrée. Pourquoi ? Parce que la philosophie n’existe pas que pour et par elle même. Elle apporte des outils qui la transcendent et ouvrent les portes de notre esprit, dans toutes les sphères du réel.

Or, à 17 ans, la maïeutique était déjà un concept qui m’avait marquée ! Mon professeur de philosophie m’avait mis un 12 à une dissertation sur le sujet, ce qui dans mon lycée, était presqu’une excellente note ! J’étais allée le voir en arguant que la note était sévère. J’étais sûre de moi. Je méritais mieux.

Il m’avait répondu : « c’est très bien écrit mais je ne suis pas d’accord avec vous ». J’avais rétorqué que son avis n’avait rien à faire dans la note et que le principe d’une dissertation était la manière dont on amenait ses idées, pas de chercher l’approbation intégrale de son lecteur ! Mon professeur, qui avait tout de l’homme de lettres, impulsif, passionné et décalé, m’avait regardée en fulminant tout en barrant le 12 et me mettant un 14. Une note proche du saint graal. « Vous avez raison Gaymard ». (Oui, quand il fulminait, il nous appelait par notre nom de famille.)

J’étais à la fois soulagée de cet ajustement que je trouvais légitime et que je n’aurais jamais demandé s’il ne l’avait pas été. Mais j’étais tout autant surprise de mon succès argumentaire. Ce n’était pas une expérience de maïeutique à proprement parler, mais cela n’était pas sans lien avec la technique non plus.

La source de lumière : un philosophe

La maïeutique consiste à questionner l’autre sans l’influencer, jusqu’à lui faire dire lui même ce qui est une intrinsèque vérité. Ou du moins, ce qui est le plus sensé, le plus juste, le plus pertinent.

« Les gens qu’on interroge, pourvu qu’on les interroge bien, trouvent d’eux mêmes les bonnes réponses »

Socrate

Socrate était un bavard qui aimait creuser les mécaniques de pensées des autres. Sa propre mère étant sage-femme, le philosophe avait sans doute hérité consciemment ou non de cette envie de donner de la vie. Donner la vie à des idées, à des concepts. Mais pas n’importe comment. Pas en les inventant tout seul dans sa grotte.

Non. En les faisant inventer. En les faisant créer. Socrate était convaincu que les Hommes avaient en eux les réponses à leurs doutes, métaphysiques comme concrets. Pour créer l’alchimie, il « suffisait » de leur poser les bonnes questions. Un principe simple mais puissant, qui n’avait rien d’une évidence tant et si bien qu’il en est devenu un art.

Que nous lègue la maïeutique aujourd’hui ?

L’art de nous poser

Socrate interrompait souvent ses interlocuteurs dans leurs élans et leur certitudes. Il intervenait alors avec ses questions comme un trouble fête. A l’image de cette intuition profonde que l’on peut avoir en soi et que l’on ne veut pas écouter, parce qu’on sait qu’elle nous fera changer de voie. Même si la voie en question est meilleure. Nous ne voulons pas prendre le temps. Nous avons peur.

S’imprégner de la maïeutique socratique ou faire appel à quelqu’un pour vous la faire vivre implique d’accepter de prendre du recul puis de nous interroger.

L’art de nous interroger

Une fois que nous sommes prêts à prendre du recul, il est temps de nous interroger ou de nous laisser interroger. Nous sommes à une époque ou les alternatives de thérapies, développement personnel et coaching fusent. Pourquoi ? Sans doutes parce que les gens prennent trop rarement ce temps pourtant vital du recul et que leurs actes précèdent l’écoute de leur intuition.

Mais avez-vous remarqué qu’un point commun à toutes ces méthodes est souvent le fait même de poser des questions !

Une technique de psychologue face à un conditionnement ou une croyance ancrée est souvent de dire à son patient : « Et alors ? que pourrait-il arriver de pire si votre crainte se réalisait ? ». Le patient réfléchit. Il évoque alors une conséquence possible. Le thérapeute renchérit : « Oui mais si cela arrivait, que se passerait-il ensuite, au pire ? » – Le processus peut durer longtemps, jusqu’à ce que la véritable peur, non dite, non avouée et profonde du patient émerge. Une peur bien loin de la prétendue crainte initiale. Cette technique est une forme de maïeutique. On la retrouve aussi chez de nombreux coachs qui parlent d’alchimiser les zones d’ombres de leurs « clients », en les questionnant « again and again » pour décrypter leurs mécanismes de pensée, et les aider à y voir (beaucoup) plus clair.

L’art de prendre des risques

S’abandonner à la maïeutique socratique est un acte de courage. Oser se poser des questions pour voir l’invisible ou dire l’indicible, est bien plus osé que de se satisfaire d’une croyance immédiate. C’est pourtant une voie riche, lumineuse et bien plus large à emprunter pour avancer. Qui dit lucidité, ne dit pas toujours facilité mais quitte à avancer, autant le faire les yeux ouverts que les yeux bandés, non ?

Alors oui, qu’il s’agisse de la maïeutique que pratiquait Socrate dans la rue pour aider ses interlocuteurs à réaliser par eux même la force ou l’absurdité de leurs idées, ou d’une démarche plus contemporaine applicable au marketing, la pratique est puissante, éclairante, structurante et libératrice.

Pourquoi la maïeutique est une technique clé pour enrichir le marketing et les marques elles mêmes ?

La maïeutique a autant de vertus que de situations dans lesquelles elle peut être employée mais je vous en propose ici 3 en particulier.

1. (Re)définir son ADN de marque

Les mots « ADN », « mission », « valeur », « piliers », etc. sont assez galvaudés, pourtant ils ont une vraie utilité et un vrai sens. Mais les mots n’ont pas de sens que si on les en prive ! Cela fera l’objet d’un article à part entière. Toujours est-il que l’on peut très bien gérer ou mieux encore, avoir créé une marque qui fonctionne bien. Mais…son ADN, sa vraie mission de vie, son ambition, s’est diluée dans l’opérationnel.

Pourtant, on ne cesse de parler de « différenciation » et plus récemment encore de « clivage ».

Une marque marquante doit aujourd’hui être clivante.

Une marque qui fait l’unanimité ne semble pas pouvoir s’offrir le même potentiel de croissance. L’ère des marques de grande consommation ou purement fonctionnelles s’essouffle. Les gens aujourd’hui veulent des marques qui envoient des messages clairs sur qui ils sont. Ils veulent des marques qui prennent parti. Des marques affirmées. Des marques signées. Des marques engagées.

La maïeutique socratique peut se traduire par un accompagnement dans la (re)définition de son identité de marque. Cela passe par un mélange habile d’exercices et de bon sens. On progresse ensemble, on co-déblaie puis on co-construit. L’accompagnant n’est ni coach (position basse), ni consultant (position haute), il se positionne entre les deux.

2. (Re)donner du sens à sa création

Dans la continuité du 1er point qui s’applique à tout type de marques, la maïeutique socratique est encore plus puissante quand elle s’adresse à des marques jeunes et à leurs créateurs. Il y a quelque chose de viscéral dans la création d’une marque. La distance entre soi, son idéal, ses rêves et la marque que l’on crée puis ce qu’elle devient, comment elle est façonnée par les clients que l’on attire et par les lois du marché ou de la concurrence, font parfois prendre des routes un peu divergentes. Vient un moment où on sent que l‘on n’est pas sur le mauvais chemin mais pas non plus sur le meilleur.

Une explication à cela est souvent encore une fois de ne pas être assez clivant ou du moins visiblement engagé.

Or les créateurs d’entreprises ont plus que jamais besoin de donner du sens à leur travail à travers la marque qu’ils ont créée. Se poser les bonnes questions, au bon moment pour réaligner ses envies profondes et la manière dont on les a concrétisées, s’avère essentiel pour garder le goût et le sens de sa création.

Une approche par la maïeutique peut être très éclairante et nourrissante.

3. Détecter les besoins implicites de vos clients

Qu’il s’agisse d’un freelance ou d’une marque, les deux font face à des clients qui ont des besoins : plus ou moins bien exprimés. La maïeutique socratique reprend les fameuses techniques du reflet et de la reformulation qui aident à clarifier les échanges.

Si je devais garder une chose de toute mon expérience professionnelle jusqu’à maintenant, je dirais qu’il n’y a rien de pire qu’un mauvais brief ! Et cela vaut aussi bien entre un manager et son équipe, qu’entre un salarié et un prestataire extérieur, entre deux collègues ou dans la vie privée : dès que vous formulez une demande qui n’est pas bien claire. Les conséquences d’une demande floue sont terribles et ont un effet ricochet qui doit forcément vous évoquer des situations connues.

Combien de fois il m’est arrivé en tant que salariée de me faire demander une action assez vague ! J’ai appris à questionner, questionner et questionner encore, jusqu’à aider mon interlocuteur (souvent manager) par ce biais à comprendre ce qu’il voulait vraiment initialement ! Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et l’inverse est évidemment vrai.

Dans ma propre relation avec mes clients et parfois même dans des conversations tout à fait fortuites, je me surprends à mettre en pratique la maïeutique socratique qui derrière son nom faussement pompeux est un splendide outil de transparence et de vérité.

Si vous ne deviez retenir qu’une chose de cet article : nul besoin de faire une thèse sur Socrate mais seulement d’intégrer l’importance des questions que vous vous posez à vous même ou à votre interlocuteur. Vous clarifiez et affinez alors sans cesse le diamant brut qu’est l’idée ou la réponse la plus féconde mais souvent invisible que vous ou qu’il porte en lui, surtout quand on ne se contente que de la confortable surface.

Marie Gaymard – Coach indépendante en Branding, Stratégie Editoriale & Copywriting.

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